Des milliers de poissons crèvent dans l’Allondon

CHRISTOPHE MINDER
29 août 2001

CATASTROPHE - Les trois quarts de la faune piscicole ont été anéantis par la pollution.

 

 

 

 

L’ambiance est à l’écœurement sur les rives de l’Allondon. Depuis mardi matin, les poissons morts s’y ramassent à la pelle. Le cours d’eau a une nouvelle fois été victime d’une grave pollution. La dernière en date remontait au 15 juillet et était due au traitement des vignes sur sol helvétique. Cette fois-ci par contre, c’est de nos voisins français qu’est parvenu le cadeau empoisonné. Il serait dû à un dysfonctionnement grave survenu dans la nuit de lundi à mardi à la station d’épuration de Saint-Genis Pouilly. Un produit particulièrement toxique (à l’heure actuelle non identifié) a neutralisé le système de traitement bactériologique. Dès lors, tant le produit en question que les eaux usées non traitées se sont déversés dans l’Allondon, entraînant la mort par asphyxie d’un grand nombre de poissons.

"On ne sait pas encore ce que c’est, mais il s’agit d’une belle saloperie. Je n’avais jamais vu une telle mortalité sur un secteur aussi étendu. Environ les trois quarts de la rivière sont lessivés", s’indigne Denis Pattay, biologiste au Service des forêts, de la protection de la nature et du paysage.

Robert Cramer, le conseiller d’Etat en charge de l’agriculture, de l’environnement et de l’équipement (DIAEE) est dépité: "Il est intolérable qu’un joyau piscicole comme l’Allondon, classé dans les années 80 parmi les plus belles rivières d’Europe, soit réduit ainsi à un désert biologique!"

Steppes récidivistes

Les steppes françaises n’en sont pas à leur coup d’essai en matière de pollution de l’Allondon. En quatre ans, c’est la quatrième fois qu’elles sont à l’origine d’une mortalité inhabituelle dans le cours d’eau transfrontalier. "Celles de Prévessins et de Saint-Genis sont sous-dimensionnées par rapport au volume qu’elles traitent", dénonce Robert Cramer. "En cas de fortes pluies, elles débordent fréquemment. De plus, l’Allondon est un exutoire trop petit pour recevoir autant d’eaux usées."

Côté français, on est conscient des lacunes du système. "On sait que l’on doit refaire la station et on y travaille. Mais personne n’est à l’abri de tels actes de malveillance ou de négligence", explique Michel Dodos, directeur du service technique de la Communauté de communes du Pays de Gex.

"Le problème, maintenant, c’est de savoir comment faire pour que ça ne se reproduise pas", note Robert Cramer. Le concept cantonal de protection de l’environnement prévoit d’ailleurs la construction au Nant-d’Avril d’une importante station d’épuration destinée aux eaux usées de Meyrin et du Pays de Gex. "Mais il ne verra pas le jour avant 2005!", s’inquiète le magistrat. "Et ce genre d’événements montre que l’on ne peut pas attendre si longtemps."