
INTERREG IIIA
Participants au congrès du programme INTERREG IIIA du 4 novembre 2005
À Saint-Vincent - AOSTE
pour le compte de la FGSP : Christophe NAAL, Valério ZUODAR
A l’attention de la FGSP et de ses membres
Dès le début, ce congrès a tout de suite été suivi avec attention par tous car il a révélé certains aspects méconnus des populations de truites de nos régions et plus particulièrement des autochtones.
Les truites dites autochtones sont :
- Pour la Haute-Savoie, la truite fario (Salmo trutta) de souche méditerranéenne (MED)
- Pour la Vallée d’Aoste, la truite marmorata (Salmo trutta marmoratus) originaire du sud de l’arc alpin
La présentation du travail remarquable accompli par la Haute-Savoie a été extrêmement instructive. Elle a notamment déterminé avec précision des cartes régionales des populations autochtones et elle a présenté des critères visuels de reconnaissances des truites de souches méditerranéenne (MED), atlantique (ATL) et Hybrides qui ont suscité un grand intérêt parmi les participants au congrès. (Voir le guide de présentation et d’identification des truites)

Plusieurs constatations sommaires se sont imposées :
1) Biodiversité
En ce qui concerne le mélange (Hybridation) de truites fario de souche méditerranéenne (MED) et de truites fario de souche atlantique (ATL), ce n’est pas une bonne chose car cela conduit la disparition probable des truites autochtones.
Il en va de même pour la truite marmorata dont le mélange (Hybridation) se fait presqu’exclusivement avec la fario de souche atlantique (ATL) et très rarement avec la fario MED.
Selon le Docteur Gilberto Forneris du Département Produzioni Animali, Epidemiologica et Sociologia de la faculté de médecine vétérinaire de Turin, les fario (MED) existant dans tout le sud de l’arc alpin ne sont pas autochtones, contrairement à la Haute-Savoie, mais ont été vraisemblablement introduites dès 1920 par l’institut de Brescia. Quant aux fario (ATL), elles ont fait l’objet de diverses introductions depuis.
Il a aussi été constaté que les fario (MED) et les marmorata ne s’hybrident que dans de très rares cas, car elles ont des habitats différents. La marmorata occupe des sites jusqu’à environ 1500 m d’altitude et la fario MED bien au dessus, surtout dans les torrents de montagne. Seul subsiste le problème de la fario (ATL) qui cohabite avec la marmorata et la fario (MED) et peut provoquer ainsi une hybridation qui met en péril les souches de truites autochtones.
Le Docteur Gilberto Forneris insiste sur les effets inconnus de la modification du patrimoine génétique dus à la modification de la biodiversité par l’introduction de nouveaux individus.
Pour lui, sauver la biodiversité au niveau des populations est le seul moyen.
La biodiversité est altérée à cause des introductions qui conduisent à une réduction drastique des conditions de vie dans le milieu.
Par ailleurs, il est possible aujourd’hui de mesurer ce phénomène.
2) La carte des populations autochtones de Haute-Savoie
Cette carte montre très clairement que les autochtones subsistent dans des endroits précis où la fario (ATL) n’a pas pu prendre souche. Plusieurs facteurs à cela, notamment les obstacles sur les cours d’eaux (par exemple barrages) qui empêchent la migration donc le brassage des populations ATL et MED.
La conclusion qui s’impose pour le maintien et le développement des truites autochtones est quadruple :
a) Il faut relancer une dynamique de soutien provisoire des effectifs pour le maintien et le rétablissement quantitatif de truites autochtones ou elles existent déjà
b) Les secteurs occupés par les fario ATL doivent être peu à peu « vidés » de leurs habitants pour être repeuplés par des fario MED.
c) Les secteurs à habitats conformes quasi dépourvus de truites doivent faire l’objet d’une réintroduction de truites autochtones
d) Redonner au cours d’eau leur fonction originelle notamment par la suppression ou le contournement des obstacles.

3) Pour la Vallée d’Aoste
Il est probable que les populations de fario MED vivant au-dessus de 1500 m soient maintenues, au contraire des populations fario ATL qui devraient être enlevées du milieu. La marmorata devra être encore plus protégée voir interdite à la pêche et un soutien pour une relance dynamique de l’effectif est nécessaire.
Pour l’exercice de la pêche, une éventuelle immersion temporaire de truites arc-en-ciel pourrait être envisagée pour ne pas déstabiliser brusquement le milieu par une suppression draconienne de fario ATL couplée avec une interdiction de capture de la marmorata.

Remarques personnelles concernant Genève
Les populations lacustres actuelles sont majoritairement de souche ATL mais elles peuvent également être de souche MED.
Il est indiscutable que tout doit être mis en œuvre pour permettre la sauvegarde et la relance dynamique de l’effectif de truites lacustres, notamment celles qui frayent dans le Rhône genevois.
Par mon expérience de terrain personnelle et en utilisant les critères de reconnaissances visuels appliqués par les biologistes de la Haute-Savoie, les truites autochtones de la Versoix et de l’Allondon sont de souche MED.
J’attire toutefois l’attention sur la prudence qu’il faut avoir car les critères ne sont pas forcément applicables tels quels dans toutes les régions. C’est les similitudes des populations piscicoles, que j’ai eu la chance de connaître, entre la Haute-Savoie et Genève qui me permettent cette approche.
Les anciens pêcheurs de la Versoix et de l’Allondon se souviendrons certainement des belles truites autochtones qu'ils ont attrapé lorsqu'ils verront les photos de l'excellent travail fait par la Haute-Savoie et la vallée d'Aoste.
Ils reconnaîtrons sans aucun doute les critères principaux de la souche MED).
Je ne me rappelle pas avoir constaté d’hybridation entre les truites souche MED et les lacustres, par exemple à la Versoix.
Le problème semble donc être le même à la Vallée d’Aoste, en Haute-Savoie et à Genève car ce sont les truites fario de souche ATL qui s’hybrident soit avec les marmorata, soit avec les MED soit avec les lacustres.
Toutefois, nous sommes obligés de constater que le Lac Léman et le Rhône fonctionnent comme frontière entre le Nord et le Sud de l’Europe (Atlantique et Méditerranée) et qu’ils doivent par conséquence s’accommoder de l’existence de souches ATL et MED dans leurs cours.
Cela ne doit pas servir d’excuse car les rivières Genevoises ont aussi leurs particularités et les souches autochtones de certaines d’entre-elles sont certainement MED, donc à protéger et/ou à réintroduire.
En présence d’une population autochtone réduite, il faut relancer une dynamique par un soutien et un repeuplement provisoire des effectifs.
Si nous nous trouvons dans une situation extrême avec un habitat conforme quasi dépourvu de truites, comme cela semble être le cas sur le canton, il faut alors privilégier une réintroduction d’une population autochtone.

Conclusion :
Dans le but de parvenir à une reproduction naturelle dans nos cours d’eau et puisque la renaturation de ces derniers semble déjà bien avancée, que reste t-il donc à faire ?
1) Utiliser l’expérience de nos voisins et amis français pour déterminer les populations de nos cours d’eaux (ou faire nos propres études et recherches)
2) Eventuellement obtenir leur aide pour l’élevage d’individus dans le but de réalimenter nos cours d’eau en souches autochtones (ou construire nos propres sites d’élevage)
3) Etablir tous ensemble un plan de repeuplement qui tient compte de la spécificité de notre région et des efforts qui y sont déjà consentis en matière de repeuplement et de maintien des truites autochtones.
Tout peut être envisagé. Cela peut aller d’un repeuplement spécifique pour le Rhône et l’Arve dans le but d’accepter une pression de pêche supplémentaire et ainsi protéger les cours d’eau sensibles qui pourraient être réalimentés en truites autochtones (MED), à la création de réserves ou interdiction de pêche sur les petits cours d’eaux, ou à une réintroduction massive de truites autochtones, etc.
Il faut exploiter tout un panel de mesures en veillant à ne pas perturber l’exercice de la pêche, qui reste une priorité pour les amoureux de ce sport et loisir.
Le but final étant d’arriver à permettre une reproduction naturelle des truites dans les dix – quinze années à venir.
Dans ces conditions, un repeuplement ne deviendrait plus nécessaire sauf dans un but préventif.
Cela, seule une gestion régionale des populations piscicoles pourrait le garantir.
Valério Zuodar
Fait à Monaco, le 8 octobre 2005
